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Les Comores veulent croire à l’émergence pour 2030

L’archipel compte sur plus de 4,3 milliards de dollars promis par les investisseurs internationaux pour concrétiser son plan de développement sur les dix ans à venir.

Les Comores voient grand. Le gouvernement de cet Etat insulaire de l’océan Indien a annoncé avoir obtenu « plus de 4,3 milliards de dollars » (plus de 3,88 milliards d’euros) de promesses d’investissement à l’issue de la Conférence des partenaires au développement des Comores, mardi 3 décembre au soir. Organisé à l’initiative du gouvernement comorien au siège de la Banque mondiale, à Paris, l’événement a réuni des bailleurs de fonds, mais aussi des investisseurs privés qui ont contribué pour près des deux tiers des promesses de dons et de crédits.

Pour l’Etat comorien, cette levée de fonds avait un objectif : la mise en œuvre du Plan Comores émergent (PCE), un vaste programme censé transformer économiquement ce pays classé parmi les plus pauvres au monde. Dans les trois îles que compte l’archipel (Grande Comore, Anjouan et Mohéli), plus de 44 % de la population vivait sous le seuil de pauvreté en 2014, selon les chiffres de la Banque mondiale.

Le gouvernement parie sur les dix prochaines années pour renverser la situation. « Notre objectif est d’arriver d’ici à 2030 à 8 % de croissance. Si nous parvenons à mettre en place des projets structurants, nous pourrions d’ici à 2020 créer 20 000 emplois », déclare au Monde Afrique le ministre de l’économie et porte-parole du gouvernement comorien, Houmed Msaidié. La marche est haute. La croissance a atteint seulement 2,8 % en 2018, dans ce pays où plus d’un tiers des jeunes de 15 à 35 ans évoluent hors du système éducatif et du marché de l’emploi. Et les enjeux de développement sont de taille pour l’archipel et ses 800 000 habitants qui pâtit d’un manque d’infrastructures, d’un accès limité à l’électricité et à Internet, et d’une importante vulnérabilité face aux aléas climatiques…

Des secteurs clés

Parmi les secteurs ciblés pour déployer l’économie comorienne figure l’agroalimentaire qui représente déjà l’essentiel de la production de richesse aux Comores, avec 49 % du PIB et 80 % des emplois. Le pays est notamment reconnu pour ses cultures de rente telles que la vanille, l’ylang-ylang prisé par les parfumeurs pour son huile essentielle et le clou de girofle. Mais comme d’autres pays qui misent sur l’exportation des matières premières, les Comores subissent la volatilité des cours mondiaux.

« Aujourd’hui, l’enjeu serait de pouvoir transformer nos produits sur place et de créer des emplois pour pouvoir profiter de la richesse que nous produisons », explique Sitti Djaouharia Chihabiddine, directrice de la société Vaniacom, troisième producteur de vanille aux Comores. La cheffe d’entreprise a fait le déplacement jusqu’à Paris pour rencontrer des investisseurs, mais elle reste lucide sur les obstacles qui demeurent. « Nous manquons de personnels qualifiés pour construire des usines aux normes et y travailler », souligne celle qui envisage à terme de fabriquer des produits cosmétiques.

Le tourisme est un autre pilier du PCE. En 2017, près de 28 000 visiteurs s’étaient rendus dans l’archipel, un faible bilan comparé aux voisins de l’océan Indien. Les Maldives avaient ainsi accueilli cinquante fois plus de touristes la même année. Et à Madagascar, où le secteur touristique n’en est pourtant qu’à ses prémices, 350 000 curieux avaient fait le déplacement. Conscient de son retard, le gouvernement comorien souhaite accélérer la mue du secteur. « Quand on développe le tourisme, toutes les autres activités du secteur tertiaire suivent immédiatement », analyse M. Msaidié.

Une vision politique du développement

D’autres levées de fonds ont déjà été organisées par les Comores, à l’île Maurice en 2005 et au Qatar en 2010. Mais la plupart des promesses d’investissement ne se sont jamais concrétisées. Pourtant, le gouvernement se dit confiant, alors que l’actuel plan d’émergence est porté par le président Azali Assoumani. Réélu en mars 2019, cet ancien putschiste est pourtant régulièrement accusé par l’opposition de dérive autoritaire et de corruption. Il cristallise une partie du rejet de la diaspora répartie entre la France et Mayotte. Mais les investisseurs bilatéraux (Maroc, Chine et Emirats arabes unis en tête) comme privés saluent volontiers la personnalité « rassurante » du chef de l’Etat.

La Banque mondiale, qui a contribué à hauteur de 175 millions de dollars (158 millions d’euros) au PCE, en plus des 120 millions de dollars déjà attribués dans le cadre de son programme d’aide trisannuel, dit elle aussi avoir été convaincue par les engagements du président Assoumani en matière de « bonne gouvernance »« Avec ce PCE, nous percevons maintenant une attitude beaucoup plus sérieuse de la part des Comores pour essayer d’avancer son développement en ayant une stratégie d’inclusion économique plus ouverte et transparente », assure Mark Lundell, directeur des opérations de la Banque mondiale pour les Comores.

Présent lors de la conférence, le ministre français de l’Europe et des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a encouragé le gouvernement comorien à concrétiser ce plan. Les relations entre les deux pays se sont réchauffées depuis la signature d’un accord de coopération en juillet à Paris. « Il y aura toujours des polémiques mais l’essentiel est là : la France va mettre 150 millions d’euros sur les trois prochaines années pour les Comores. C’est inédit et c’est extrêmement important pour nous, dans des domaines où cet investissement sera visible comme dans la formation et l’insertion des jeunes », souligne M. Msaidié. Des fonds qui visent également à tarir les flux migratoires vers Mayotte.


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